Histoires courtes

J’ai eu l’occasion de participer durant le mois de novembre au challenge Kobo du mois de l’écriture. Durant trois semaines, il s’agissait d’écrire un texte par jour en respectant deux consignes, dont un mot imposé, et de les publier en commentaires sur la page Instagram @kobosritinglife_fr. Les textes ne devaient compter de 250 à 750 signes. Durant les deux dernières semaines, je les ai aussi publiés sur mes pages Instagram et Facebook. J’ai réussi ce challenge et j’en suis très fière, même si cela n’était pas tous les jours facile.

Je vous présente ci-dessous quelques-uns de ces textes. Bonne lecture et bien du plaisir!

De la vie à la vie

(Consignes : vestige, raconter de son point de vue)

Qui suis-je? Qui étais-je avant? Avant la lumière fatale. On me disait grand, fort, j’étais à l’épreuve du temps. On me vénérait. Une vie humaine n’était rien comparée à la mienne. Il aura fallu un seul éclair pour foudroyer mes années de gloire et ma hauteur. À présent, je ne suis plus qu’un vestige parmi d’autres, une souche calcinée, qui bientôt servira de refuge à d’autres vies. Peut-être un jour, renaîtrai-je tige, avant de retrouver ma grandeur d’antan…

Photo de Edward Howell sur Unsplash


Pardon

(Consignes : pardon, intégrer ce mot dans un dialogue)

– Bonjour !

Je tends spontanément la main à mon ancien collègue. Seulement, une laisse est enroulée plusieurs fois autour de son poignet droit. Au bout, un chien minuscule. L’homme commence à la dérouler. Moi, j’ai toujours la main tendue.

– Pardon, fait-il.

– On n’est pas obligé, dis-je.

Il reste focalisé sur la laisse, persiste à la dérouler. À ses pieds, le chien ne bouge pas. Mon bras fatigue, mais je n’ose le baisser. Le temps s’étire. Combien peut-elle donc mesurer ?!

Enfin, mon interlocuteur parvient au bout de son calvaire, tend sa main, je veux la saisir… Mais le bonhomme file, sans la serrer, à la poursuite de son chihuahua allé conter fleurette à une jeune labrador.

– Pardon, hurle-t-il encore.


Rencontre au firmament

(Consignes: grelotter, rencontre décisive)

Photo de Ganapathy Kumar sur Unsplash

Accrochée au firmament, la lune croît puis décroît.

Sur terre, un enfant, grelottant dans l’obscurité, la regarde, son ours doudou serré contre lui. Il a demandé pour Noël, une échelle pour y grimper. Ses parents ont souri, d’autres se sont moqués. La lune était son amie, disait-il. Le soir, il lui parlait, la nuit, il en rêvait.

À Noël pas d’échelle. Une tristesse immense au pied du sapin, et des larmes inconsolables. Une nuit de tempête, le vent l’a pris en pitié et l’a emporté dans son lit jusqu’à son amie. Quand il est revenu sur terre, il n’a rien dit à personne, mais il avait acquis la certitude qu’elle veillerait toujours sur lui.


Bienvenue chez nous

(Consignes : olibrius, phrase d’un autre participant)

Quand Gaspar arriva devant son immeuble, un couple de voisins âgés se tenait devant la porte. La femme invectivait son mari. Un drôle d’olibrius, celui-là. Toujours à fureter partout, mais pas méchant.

– Je t’avais dit de prendre la clé !

Le jeune homme, aimable, leur ouvrit et proposa d’apporter leurs courses chez eux. Alors qu’il les déposait sur le seuil de leur appartement, le vieillard plaqua un mouchoir imbibé de chloroforme sous le nez de Gaspard, qui ne vit rien venir.

C’était leur troisième victime ce mois-ci. Leur schéma était bien rodé et une fois de plus, rien n’avait été laissé au hasard.

Leur commanditaire serait content de cette main d’œuvre bon marché, et eux pourraient bientôt acheter la maison de leur rêve.

© Sylvie Guggenheim


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